Brèves

Les réseaux utiles de la Ministre du travail

Qui êtes-vous Élisabeth Borne ?

Les opinions contenues dans cet article ne reflètent pas la pensée de Mode d'Emploi, mais uniquement celle de l'auteur.

Publié le

Ça y est, Mode d’Emploi se lance dans le « buzz » à la suite de la nomination d’Elisabeth Borne ? Pas tout à fait… Comme beaucoup de gens dans l’univers du droit, notre journée de travail commence par la lecture du Journal Officiel (JO).  En recherchant dans ses archives, on y a découvert des éléments intéressants sur le parcours d’Elisabeth Borne, devenue la nouvelle ministre du Travail.

Avant-propos

A ce stade, un commentaire important s’impose.

  • Si la ministre a côtoyé un certain nombre de gens, il n’est pas certain qu’elle ait une relation particulière avec eux. Néanmoins, on pourrait considérer que les personnes que la ministre a pu rencontrer ont pu influencer son parcours.
  • De plus, la ministre n’est pas responsable des parcours des gens qu’elle a pu rencontrer.

L’un des premiers éléments constatés à la lecture du JO est qu’au-delà des appartenances partisanes, son parcours est intimement lié aux alternances politiques.

Pour résumer, Élisabeth Borne semble à proximité des gouvernements lorsque la gauche est au pouvoir… et de retour dans l’administration lorsque la droite revient.

Ainsi, elle travaille pour les cabinets ministériels durant les mandats de François Mitterrand, Jacques Chirac (le premier ministre étant Lionel Jospin), François Hollande et Emmanuel Macron.

Durant les mandats de Jacques Chirac (premier ministre Alain Juppé et second mandat) et Nicolas Sarkozy, son actualité au journal officiel est majoritairement due à son grade d’ingénieure des ponts et chaussées.

Mais entrons dans le vif du sujet !

1992-1996 : De l’Education nationale à la SNCF

La première occurrence du nom d’Élisabeth Borne date de l’arrêté du 23 avril 1992 portant nomination au cabinet du ministre de l’éducation nationale et de la culture. A cette époque, le ministre est le socialiste Jack Lang.

Dans ce cabinet, Elisabeth Borne est nommée conseillère technique. Elle côtoie alors Richard Descoings (futur directeur de l’IEP de Paris et homme de réseaux s’il en est) et le journaliste Jean-Jérôme Bertolus (i-télé, Franceinfo).

Elle côtoie également Laurent Rabaté alors conseiller référendaire à la Cour des Comptes. Ce dernier a travaillé sur la réforme des contrôles des organismes sociaux, avant de devenir conseiller du président de la MGEN, et directeur de la protection sociale de l’UIMM, organisation patronale bien connue entre 2011 et 2015.[1]

Néanmoins, ce cadre de travail est rapidement modifié. En effet, quelques semaines plus tard, un nouvel arrêté nomme Mme Borne au cabinet du secrétaire d’Etat à l’enseignement technique, Jean Glavany. Lors de ce transfert, Elisabeth Borne est notamment accompagnée de Richard Descoings.

Richard Descoings connaît également Guillaume Pépy, futur PDG de la SNCF, lesquels se sont rencontrés au Conseil d’Etat.

Après le retour de la droite au pouvoir avec Jacques Chirac, Élisabeth Borne continue son parcours. Elle est ainsi nommée ingénieure des ponts et chaussés 1ère classe par l’arrêté du 30 juin 1995. En 1996, elle est nommée commissaire du gouvernement adjoint auprès de la SNCF et membre de la commission intergouvernementale pour la préparation de la LGV Lyon-Turin.

1997-2002 : Le passage à l’Hôtel de Matignon

Après la dissolution de l’Assemblée Nationale par Jacques Chirac, Lionel Jospin devient premier ministre. La composition de son cabinet est définie par l’arrêté du 12 juin 1997.

Aux côtés d’Elisabeth Borne, deux noms ont particulièrement retenu notre attention.

  • Olivier Coste:

Ingénieur des mines. Passé par la Commission Européenne et Alcatel, Olivier Coste est aujourd’hui responsable de la communication chez Atos Amérique du Nord. Il est également contributeur à la Fabrique de l’Industrie, laboratoire d’idées créé et soutenu par l’UIMM, France Industrie, le GIM et le GIFAS.

  • Gilles Gateau:

Gilles Gateau est un ancien du cabinet de Martine Aubry, dans lequel siégeait également Muriel Pénicaud. Passé par EDF, ayant été directeur de cabinet de Michel Sapin, conseiller social du premier ministre Manuel Valls, M. Gateau est actuellement le directeur général de l’APEC.

En 1999, un arrêté précise ses fonctions : elle devient « conseillère technique pour l’urbanisme, l’équipement, le logement, les transports et la ville » au cabinet de Lionel Jospin. Elle le quitte en 2002, lors de la défaite de la gauche aux élections présidentielles.

2002 – 2014 : Une période de transition

Si le journal officiel ne le précise pas, Elisabeth Borne devient alors directrice de la stratégie à la SNCF entre 2002 et 2007. En parallèle, elle devient ensuite ingénieure générale des ponts et chaussées en 2007.

Elle rejoint ensuite la société Eiffage entre 2007 et 2008, date à laquelle elle devient directrice de l’urbanisme à la Mairie de Paris. On retrouve notamment son action dans le cadre du projet de « Tour Triangle » dans le XVème arrondissement, porté par Unibail. A cette période, l’adjointe à l’urbanisme à la mairie de Paris qui la recrute est une certaine … Anne Hidalgo.

Ce poste prend fin en 2013, lorsqu’elle est nommée préfète hors-classe de la Région Poitou-Charentes, présidée par Ségolène Royale. A noter que le Directeur Général des Services de la Région est Jean-Luc Fulachier, nous y reviendrons.

Elle y reste un an, et obtient également le grade d’ingénieure générale des ponts, des eaux et des forêts de classe exceptionnelle.

2014 – 2015 : Le retour en politique

Lorsque Ségolène Royal fait son entrée au gouvernement en 2014 en tant que ministre de l’écologie, elle « emmène » avec elle Élisabeth Borne (directrice de cabinet) et Jean-Luc Fulachier (chargé de la croissance verte et des solutions économiques et financières). M. Fulachier a un CV aussi garni que M. Rabaté, évoqué plus haut. En effet, il commence sa carrière à la direction financière du Ministère de l’Economie en tant qu’adjoint au chef de bureau « emploi – formation professionnelle – Unédic ».

Après divers emplois, il devient conseiller technique des ministres Dominique Strauss Kahn et Christian Sautter. Il suit ensuite Ségolène Royal à la Région Poitou-Charentes avant de devenir son conseiller au ministère de l’Ecologie.

Elisabeth Borne reste directrice de cabinet durant une année. Mais durant cette courte période, elle a néanmoins l’occasion de faire partie d’un groupe de travail sur les concessions autoroutières. Alexis Kohler, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron et futur secrétaire général de l’Élysée en fait également partie.

2015-2017 : Le passage à la RATP

Élisabeth Borne est nommée au conseil d’administration de la RATP en avril 2015, et en devient présidente directrice-générale un mois plus tard.

Parmi les membres du conseil d’administration, on recense notamment Michèle Bellon (ERDF), Chiara Corazza (Women’s Forum), Solenne Lepage (DG FBF), Augustin de Romanet (ADP), Sylvie François (DRH La Poste), Bruno Angles (Cercle Turgot)…

2017-… : Borne entre au Gouvernement

Elle quitte cette fonction et devient en mai 2017 Ministre chargée des transports auprès du Ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot puis, l’année suivante de François De Rugy. Son cabinet est alors essentiellement composé d’ingénieurs.

Son directeur de cabinet est alors Marc Papinutti, ingénieur des ponts et chaussés. Celui-ci a de multiples casquettes : il est notamment impliqué dans différentes structures comme la société du canal Seine-Nord Europe ou auprès de différents ports français. Il est remplacé en 2019 par Guillaume Leforestier… qui avait pris la succession d’Elisabeth Borne au cabinet de Ségolène Royal, lorsque celle-ci avait rejoint la RATP.

Le directeur de cabinet adjoint est Julien Dehornoy, polytechnicien, passé par différents ministères avant de rejoindre la SNCF. Il travaille aujourd’hui pour Yarra Trams, une entreprise australienne filiale de Keolis, elle-même détenue en majorité par la SNCF.

Le chef de cabinet d’Elisabeth Borne est Aymeric Lang. Ce dernier, ancien collaborateur parlementaire d’Hervé Maurey (Centriste, proche d’Hervé Morin) au Sénat, il est chef de cabinet … à la RATP, avant de rejoindre le ministère des transports.

Le conseiller social de la ministre est Benjamin Maurice dont le parcours peut sembler atypique : énarque, puis responsable marketing à la SNCF, il rejoint ensuite le Ministère de la Santé… puis le Ministère du Travail, avant de devenir directeur du dialogue social à France Télévision. Il est depuis un an, inspecteur général à l’IGAS. Il est remplacé en 2019 par Aymeric Morin. Celui-ci, énarque, a d’abord commencé par travailler à la direction générale du travail, avant de rejoindre la direction des relations sociales de la RATP, avant un court passage à la DIRECCTE d’Ile-de-France.

En juillet 2020, Elisabeth Borne est nommée Ministre du Travail… ce qui fera l’objet d’une prochaine brève.

[1] On vous fait grâce de l’intégralité des postes qu’il a occupés.

Vous souhaitez répondre ?

Il est possible de faire parvenir à l'équipe une contribution sur ce sujet, notamment si vous êtes en désaccord.

C'est par ici : Contact

Recommandé pour vous

Le droit social victime de la Covid-19 ?

Voilà bientôt un an que la Covid-19 a bouleversé nos quotidiens. Ses victimes sont nombreuses : Humaines évidemment, économiques ensuite avec des commerces fermés et des secteurs d’activités sinistrés.Politiques aussi avec une défiance et une décrédibilisation de la parole publique. Mais peut-on en dire autant de la matière juridique et particulièrement du Droit Social ? Le […]

droit social victime de la Covid-19

Formation : la crise a-t-elle « sauvé » le paritarisme ?

Dans le monde d’avant À l’hiver dernier, un certain nombre de signaux étaient au rouge pour les partenaires sociaux. La Cour des Comptes s’interrogeait sur la plus-value du modèle associatif et paritaire dans la mise en œuvre de mission de service public en matière d’emploi et de formation professionnelle. Les opérateurs de compétences (OPCO) finalisaient […]

négociation national interpro